Le soldat du Pape

Une énorme émotion m’envahit au moment précis où mes camarades et moi présentons nos armes, où nos officiers lèvent leur épée et où notre aumônier commence à lire notre serment :

zouavedupapewordpress
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« je jure à Dieu Tout-Puissant d’être obéissant et fidèle à notre souverain, le Pontife Romain, Notre Très Saint Père le Pape Pie IX, et à ses légitimes successeurs.

Je jure de Le servir avec honneur et fidélité et de sacrifier ma vie même pour la défense de personnalité auguste et sacrée, pour le maintien de sa souveraineté et pour le maintien de son droit. »

Je me sens prêt à mourir pour le Pape, prêt au martyre s’il le faut…

Ce jour-là, le 15 février 1868 je m’engage à être un défenseur du souverain Pontife contre les ambitions de la dynastie Savoyarde et les prétentions républicaines de Giuseppe GARIBALDI et ses « chemises rouges ».

Ce jour-là, moi, Alexandre BAUDRY né le 16 septembre 1849 à Cerizay (79), j’intègre le régiment des Zouaves Pontificaux sous le matricule 7101.

Aîné d’une fratrie de 6 enfants rien ne me prédestinait à choisir ce chemin de vie. Mes parents Élie BAUDRY et Marie Angélique BOISDRON me voyaient plutôt suivre les pas de mon père, vétérinaire dans ma ville natale… Rien ? Vraiment ? Je ne suis pas honnête en disant cela. Mon oncle paternel Victor, homme d’église, professeur de morale, Oblat de Saint Hilaire, missionnaire puis successivement supérieur du petit séminaire de Montmorillon (86) de 1854 à 1865, puis du grand séminaire de Poitiers a eu une très grosse influence sur ma vie. Ma famille très pieuse au demeurant , m’a éduqué dans la religion, mais oncle Victor a su avec ses récits sur les évènements en Italie captiver l’enfant puis le jeune homme.

Je n’avais de cesse de l’écouter me narrer comment ce bataillon de Zouaves Pontificaux fut créé en 1861 puis est devenu régiment en 1867… Comment ces hommes français, principalement bretons et vendéens, belges, hollandais, portés pour la plupart par un engagement religieux, se sont enrôlés volontairement pour défendre l’État Pontifical… Du retentissement que la défaite de Castelfidaro eut auprès des catholiques et l’afflux de volontaires qui en a fait suite … De leur engagement qui pouvait être considéré comme une croisade pour défendre la liberté du Pape …

Je n’ai pas encore 19 ans, et me voilà parmi eux, vêtu d’une courte veste à soustaches rouges au col dégagé, d’un pantalon bouffant retenu par une large ceinture rouge, d’un petit képi à visière carrée et de molletières jaunes. Sur les boutons de cuivre de notre veste sont gravés la tiare et les clés croisées de Saint Pierre. Mes compagnons et moi, nouveaux engagés,  dont certains n’ont pas plus de 16 ans, sommes arrivés après la bataille de Mentana qui a assuré un répit de 3 ans à l’État Pontifical. Les journées sont donc calmes, rythmées par des entraînements qui ont lieu le plus souvent à Rocca di Papa et marquées d’une forte influence religieuse.

zouave wikipedia
Zouave – Wikipédia

Pour nous occuper, le gouvernement Pontifical nous charge d’une part de réprimer le brigandage qui sévit depuis de nombreuses années dans les États de Rome et d’autre part de surveiller les frontières. Certains sont déçus d’être considérés comme de simples « gendarmes », mais fidèle à mon serment d’obéissance j’accepte de bon cœur ces missions. Quelques escarmouches nous opposent à ces brigands de droit commun et cela me vaut d’être nommé caporal le 1er Aout 1869.

Je décide finalement de ne pas renouveler mon engagement, je suis libéré le 17 février 1870. La guerre Franco-Prussienne menaçant, le reste des zouaves français est rapatrié rapidement et le 21/09/1870 le régiment est libéré.

Dès mon retour en France je décide de rentrer dans les Ordres … J’officierai par la suite dans la paroisse de Montigny (79) où je décèderai le 7 décembre 1887.

 

Pour en savoir plus sur les Zouaves Pontificaux

J’ai envoyé une demande de renseignements complémentaires auprès des Archives du Vatican … Si je reçois une réponse qui m’apporte des précisions sur la « carrière » d’Alexandre parmi les zouaves,  cet article sera modifié  😉

 

Sources :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


10 réflexions sur “Le soldat du Pape

  1. Merci, l’article est très intéressant : c’est très touchant de voir combien de français étaient engagés pour la défense des restes des Etats Pontificaux. Personnellement, j’ai eu la chance de grandir à Rome et d’aller à l’école dans l’Institut « Pio IX », juste en face du Vatican. Cette école était jusqu’à 1870 la caserne « Serristori », caserne des Zouaves Pontificaux. Ce lieu fut le théâtre d’un attentat commis en 1868 et les auteurs de l’attentat furent les deux derniers condamnés à être décapités sous le gouvernement du Pape-Roi. Merci encore!

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  2. Bonsoir, j’ai lu avec attention ce témignage d’un zouave pontifical. La mémoire familiale raconte que mon ancêtre direct était aussi zouave pontifical. Mais aucune preuve. Avez-vous pu contacter les archives du Vatican ? Avez-vous eu une réponse ? Merci et trés cordialement. Anne Marie Guillot

    Aimé par 1 personne

    1. Bonjour, je vous remercie de votre visite sur mon blog; Pour votre ancêtre direct, avez-vous regardé si son nom apparait dans l’ouvrage que je cite en source ? J’ai bien essayé de contacter les archives du Vatican suite à l’écriture de ce billet, mais je n’ai reçu à ce jour aucune réponse.

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      1. Merci pour votre réponse. Malheureusement, mon ancêtre ne figure pas dans la liste des zouaves pontificaux. Je n’ai aucun indice et, en particulier aucune idée de la ville où il s’est engagé permettant peut-être une recherche dans des archives départementales, en supposant qu’elles conservent une trace. On parle peu dans les ouvrages de la façon de s’engager. Merci. Anne Marie Guillot

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      2. Pour information, contrairement a ce que l’on pourrait penser, les registres des contrôles des troupes des Zouaves Pontificaux et ceux des Tirailleurs Franco Belges ne sont pas aux Archives Secrètes du Vatican mais aux Archives d’Etat de Roma:
        Archivio dello Stato di Roma
        Corso Rinascimento, 40
        00186 Roma, Italie
        +39 06 687 3298
        est-ce là que vous avez écrit ?

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